MesMotos.fr - Le roman de l'été...

Ce "roman" est paru sur FRM en 5 fois.

Naturellement, la connaissance des us et coutumes de FRM et des participants et un peu nécessaire pour comprendre toutes les allusions...

Toutefois, la lecture peut se faire sans avoir à se taper les 687 598 messages de FRM ;o)

L'avis des lecteurs...


Avertissement : toute personne se reconnaissant dans cette histoire aurait l'esprit encore plus tordu que moi...

Naturellement certains passages sont capilotractés ;o)


Chapitre I
L'ALLER

En entrant dans son garage, il se dit que finalement, il a bien fait de choisir la Métamorphys III. Ce matin, il introduit la clé "Ducat" et lentement la position des éléments changent...

Le guidon devient bracelet, la selle SDS disparaît pour laisser la coque "sport" prendre sa place, les flans épousent au plus près le moteur HE (HACHEDEZO-Energy), le générateur de sons se gave des paramétrages de la Mike-Hailwood Spéciale que son grand-père a possédé sur Terre... Et cette merveilleuse couleur, rouge comme il se doit...

En trente seconde, ce qui n'était encore qu'un gros scooter beige plein de coffres s'est transformé en gazelle prête à tailler la route... Pour aller travailler, notre ami a choisi de prendre le chemin des écoliers... Après tout, il va faire son heure de travail mensuel, mais il n'est pas à un jour près !

Il a regardé une dernière fois sa carte, toutes les routes rouges entre ici et la ville sont inscrites dans sa mémoire... D'ailleurs, il la connaît si bien cette route des crêtes qu'il pourrait presque la faire les yeux fermés... Il faudra un jour qu'il fasse le pèlerinage vers la Terre et ses "routes vertes", le paradis perdu des motards... Mais la Métamorphys est interdite là bas, il devrait se contenter d'un scooter électrique, bridé et auto-guidé de surcroît. Ou pire, une de ces voitures roulant en "train", quelle drôle d'idée...

Chassant ces idées noires aussi vite qu'elles sont venues, il enjambe la machine. Contact, check-liste, contrôle du radar anti-collision : il choisi le mode "ressemblance active" et aussi tôt, le bruit du moteur envahie le garage autant qu'il se sent envahi par les vibrations. Y a pas à dire, ils savaient faire des machines nos anciens...

Première en bas -il a hésité un instant pour une boîte à l'ancienne- un filet de gaz, il sort, soleil au zénith. Il se marre toujours autant en pensant à ce mot : ggggGGGAAAAAAZZZzzzz !!!

Le moteur tourne à l'eau, c'est tellement plus simple... Maintenant que Mars à été terraformé, on en trouve partout, gratuitement, et puis il consomme si peu : 1l pour une semaine d'utilisation continue... Et puis comme dit l'expression, si on ne trouve pas d'eau, on peut toujours "pisser sur les twins poussifs et les cylindres à trous"... Quand il pense que sur Terre ce liquide est plus cher que l'or, et taxé à 98% par l'Etat...

Il sort de chez lui et s'engage sur la route, cette longue ligne droite qui mène vers Fontains Road Muntain... Le moteur est chaud mais il n'a pas envie de rouler vite - après tout, pour cela il a la clé "Kawa ZX2000R"- alors il se met en pilote automatique jusqu'aux contrefort de la montagne... C'est vrai qu'il n'a pas beaucoup dormi cette nuit, autant en profiter maintenant pour piquer un petit somme... Il remet le monstre sur filtré et plus un bruit ne vient l'agacer, à part le sifflement du vent dans son casque... Il est heureux, il dort sur sa machine...

Combien de temps a-t-il passé ainsi quand lentement un bruit de tempête vient le réveiller ? C'est son ami Ben, l'Ours des montagne, qui l'a rattrapé sur sa Métamorphys II... Il a choisi la "Buell" ou bien...

La montagne apparaît à l'horizon, encore cinq minutes et ils seront au café au pied de la montée...

-Salut Ben,
-Salut Jo, tu vas bosser
-Ouaip, et toi
-Non, j'y suis allez hier, mais comme j'étais pressé, j'ai pris le jet et aujourd'hui, je vais me déstressé dans la montagne...
-Toujours avec ta Métamorphys II ?
-Oui, la III n'est pas compatible avec la "Buell", alors j'attend le patch... Sont chiants, j'ai que trois clés moi, tu en as combien toi, une cinquantaine non ?
-non, juste quarante, mais je n'ai jamais utilisé les tuperwares...

Et ils s'arrêtent sur le grand parking de la "Veuve excitée", remplis de Métamorphys toutes identiques...

- Zut, les Azermen sont de sortie
- Bah, on ne risque pas de les retrouver sur la route, c'est déjà ça...

Ils entrent dans le café où l'assistance les regarde d'un sale air.. Faut dire aussi qu'ils sont tellement susceptibles, qu'ils ont pris les rires des deux compères pour une critique de leur choix de clé unique...

- Salut patron, vous nous préparez deux Ness...

Le patron sort deux verres, vide les sacs de Ness et remplit les verres à moitié avec de l'eau... Et les deux compères assistent, avec le même émerveillement, à la métamorphose du produit sous leurs yeux... Cette couleur marron sombre, cette mousse épaisse, ce goût acre, c'est de la Ness artisanale premier choix...

Jo a fait un parcours idéal pour sa moto et propose à Ben de le partager...

-Ben, j'ai prévu les trois cols, Le Hamster, la Slurp et le mont Kalag par le versant sud, et descente sur la ville après m'être arrêté au refuge, tu sais qu'ils font une bonne Blanche là haut... Et puis s'il reste de la place, j'y passerais bien la nuit finalement, pour voir le soleil se lever dans la montagne avant d'aller bosser...
-Je ne pourrais pas rester cette nuit, je ferais les deux premiers cols avec toi, ensuite il faut que j'aille plus au sud, je suis attendu pour le concours de la Bé-Canne Bière pour le concours du plus grand buveur de Ness. Je dois ravir son titre à ce grand mec tout maigre, avec les cheveux longs...
-Ba, j'irais bien avec toi mais faut vraiment que je bosse, je descendrais peut-être te voir après, qu'on remonte avec ton trophée...

Les deux compères remettent leurs casque et saluent la compagnie...

Chapitre II
LA MONTAGNE

Petit coup sur le contrôleur placé au début de la montée :

  • Température de l'air 25°
  • Température du sol 20°
  • Zone d'accélération 450° (idéal pour chauffer les pneus avant le premier virage)
  • Taux d'occupation de la route 0%

Va falloir jouer serré, il a un vieux tromblon le chacal, mais il sait s'en servir...

Allez les deux motos devant les cellules, 3, 2, 1 ils sont partis, dans un vrombissement incroyable... Zut, il est resté en mode filtré, vite faire sauter ce filtre immonde... WWWRRRARAAAAAAAAAAAAAAHHHHHH !!!!

Les lapins sautent dans leur terriers, ils savent que le danger est sur la route, c'est pas comme avec ces motos électriques de newbies... Mais ils restent sur le pas de leur porte, pour regarder passer les "fous", en agitant des drapeaux...

Ah cette route, des trajectoires qui se recoupent, à droite, à gauche, à l'infini, en jouant surtout avec le couple du moteur, vraiment efficace cette boîte étagée montagne. Mais Ben reste devant, va falloir se cracher dans les mains...
-Surtout ne pas freiner avant de voir son feux s'allumer, de toute façon il ne finira pas devant... Le droite qui se resserre, il ne l'aime pas, c'est là que je l'aurais... Il freine, j'accélère... Il tourne, je tourne en prenant appui sur lui... Il accélère, trop tard, je suis devant !

Déjà le col... ils rendent la main. Verdict du panneau : il a amélioré son temps de 3 dixièmes et Ben de 2 secondes !!! Il est sur qu'il a mis une nouvelle puce dans son bestiau...

Maintenant la route devient à deux sens, plus question de prendre des risques, et puis la vue est si belle la haut... Vraiment cette route des crêtes... Tiens, un chamois doré et une vache violette les arrêtent, ils ont perdus leur amie la marmotte dans une mine d'aluminium... 'tain, qu'est ce qu'ils ont fumé comme herbe dans leur alpage...

Le temps est clair, on voit jusqu'aux lacs en bas, doit y avoir des jeunettes BAFP à faire trempette. Bah, pas le temps de descendre s'en assurer... Mais déjà un gros nuage noir approche, la Slurp est en phase d'enneigement sur le flan Nord, là où il y a les pistes de ski doux. Dans trois jours ouvrent la saison d'hiver du mois de juillet. Il espère que les zozos du contrôle du temps ne vont pas encore déborder sur la route...

Le panneau en bas de la Slurp est moins sympa que celui de tout à l'heure, y a des gus de chez Mickey en short qui se traînent, comme toujours, on ne peut pas avoir la paix ici, à croire qu'ils le font en boucle ce col...

Taux d'occupation 40%, va y avoir du sport dans le sautage des attardés...

Heureusement, les courbes sont plus fluides et plus larges, Il se demande si les ingénieurs de la Défonce Drôlement Excitante n'ont pas élargie ce col à cause d'eux...

Les deux motos sont aussi à l'aise ici, mais il y a trop de monde...

Dans les épingles, la vue bien dégagée permet de doubler les Mickeys qui ont l'air de reculer tellement ils se traînent... Il en vois même avec des Wheelies, des roulettes réglables en hauteur, sous les valises, histoire d'arriver à tourner sans se pencher trop... Devrais être interdits de rouler ici ces zouaves... Enfin, ce sont quand même des motards... MAIS POURQUOI ILS SONT LA AUJOURD'HUI !!!

Ben n'aime pas cette affluence, il a laissé tombé, et Jo finit par faire comme lui quand une fusée le dépasse, tiens ce casque, c'est Unneraune... Toujours aussi frappé... Comment ce fait-t-il qu'il ne l'ai pas entendu venir... Quand ils arrivent au sommet, il les attend en grillant une cigarette d'air...

- Alors les lopettes, on se transforme en Mickey ?

Il regarde autour de lui, ne vois pas la fusée... Ne lui dites pas que...

- si, si, c'est un Métamorphys IV avec anti-vol anti-matière. Il devient totalement invisible dès que je le branche. Mais comme c'est un prototype que je teste pour l'usine, j'ai pas de module son et le seul habillage ressemble à un Tuperware... Dommage... Vous voulez l'essayer ? Il est encore plus efficace que vos brêles de nains ! J'ai pas le droit mais entre pote, hein... Y a un éviteur intégré, si vous le branchez, vous monterez la Slurp comme si y avait pas les mickey... Ni vous !
Le problème c'est de bien penser à l'endroit où vous voulez aller pour n'être pas surpris par les écarts... Mais bon, comme vous ne savez pas l'utiliser, je peux vous l'inhiber...

C'est la première fois qu'il monte sur un Tuperware. Il est encore plus léger que sa III. Mieux équilibré, rapidement, on a l'impression de la maîtriser, qu'est ce que ce doit être avec l'éviteur... Il a l'impression de voler au dessus de la route, mais la cartographie - et la position- n'incite pas à la balade, faut cravacher le truc pour en tirer quelque chose... Doit y avoir une puce spéciale Unneraune la dessus...

Ben est encore plus dubitatif, lui qu'est encore en II. Mais il est content de son essai. Faut dire aussi qu'il a pris la petite route qui monte tout en haut de la montagne, à droite de la Slurp...

Mais Unneraune doit retourner à l'usine et les quitte dans un nuage de fumée... Le pneu n'est pas encore au point ou il connaît enfin le moyen de faire des burns en roulant...

Avec cela, le soir approche et il dois encore monter sa dernière montagne de la journée, faut pas qu'il arrive après la fermeture de l'Ermitage du Goulou. Sinon c'est nuit à la belle étoile.

Chapitre III
LA HAUT

Il salut Ben et repart seul, à l'assaut du dernier col. Il remet le mode filtré, il ne faut pas troubler la réflexion du vieux sage... Quel âge peut-il avoir, on lui donne plus de cent ans ! La route ressemble à un nuage, elle donne l'impression de rouler dans le ciel... Encore un truc pour impressionner les disciples...

On raconte pourtant qu'il a été chassé de la Terre parce qu'il avait osé changer de monture et que ses amis lui avaient alors tourné le dos... Déjà qu'il avait eu une attaque quand le dernier de ses disciples -les Serges Lama- avait acheté une Azer, comme tout le monde sur Terre ou presque...

Mais aujourd'hui, Jo est seul sur la route, pas une seule Métamorphys I Canine ne monte au refuge de la Princesse... Et il est seul encore quand il arrête sa moto sur le parking... Il ouvre le coffre du faux-réservoir pour en sortir son offrande, une écharpe qui ira rejoindre les centaines d'autres dans l'arbre à prière...

Un aide vient le chercher devant la porte, en balayant sur son passage, en récitant la prière du Curling... Il lui remet l'écharpe, rose comme il se doit, et salut la maîtresse de maison.

-Salut à toi Princesse, je te demande l'hospitalité pour la nuit...
-Approche noble voyageur des cimes, tu vas recevoir la bénédiction du Maître et un sachet de soupe de beurre de Yam... Que la nuit soit propice à ta réflexion...

Il entre à présent dans la salle où trône le Goulou...

Il faut se présenter à genou, puisqu'il est si susceptible sur sa taille qu'il doit toujours vous regarder de haut... Ce n'est pas pour rien que certains l'ont surnommé Prineceux.

-Salut à toi, noble Voyageur des Cimes, que la vie te soit une quête du Mont Sacré...
-Salut à toi, vénérable L'Eau Elle, que la vie te soit pétale de rose

Il sourit intérieurement de ses phrases symboliques dont il ne connaît pas l'origine mais qui remplissent d'aise le Goulou...

-Je sens un grand tremblement près de toi, l'Elue est proche....

Il voudrait avoir des explications sur cette phrase, parlerait-il de la Métamorphys IV, mais on ne doit jamais questionner le Goulou, à moins d'avoir des heures à perdre. Il est tard, le Goulou va se coucher, les portes du refuge sont fermées...

Il est seul dans le réfectoire pour manger sa collation en pensant à la vison du Goulou... Faut vraiment avoir faim pour manger cela... Mais il sait que la récompense sera à la taille de l'effort : demain il verra le soleil se lever...

Dans le dortoir, il rencontre enfin une âme égarée, comme lui, dans ce lieu de perdition... C'est un futur disciple, qui abandonne sa vie de joyeux drille pour une vie de méditation... Il a déjà revendu sa Métamorphys à un SDS qui redescendait... Il regrettera juste la Ness, puisqu'ici on ne boit que de l'eau et du lait de Yam reconstitué...

Il lui raconte sa vie sur les routes droites de la plaine, toujours à repousser la limite et la peur qu'il a eu l'autre jour, quand un Etpaf c'est jeté sous sa roue...

-Imagine le guidonnage à 425 km/h !!!

Depuis, il a gravi pour une seule et unique fois la montagne, sans comprendre pourquoi tant de personnes y venaient et a été touché par la grâce du lieu et le charme du Goulou... Encore un dont on n'entendra plus jamais parler... Et dire qu'il ne savait même pas qu'il pouvait y avoir tant de virages...

La nuit se passe, lentement, effaçant la prophétie, le réveil vient une heure avant le lever du soleil, sous la forme d'un disciple muet, avec un bol de lait de Yam fumant... C'est encore pire chaud que tiède cette purge, mais "il doit purifier son intérieur pour atteindre la réflexion suprême et rayonner sur son extérieur le bien être de son intérieur" comme le répète inlassablement la banderole ornant le réfectoire...

Il sort, jette un œil à sa monture qui luit sous la fausse lune, recouverte par la rosée de la nuit... Il se dirige le long du chemin éclairé par des bougies tri-électrodes et arrive sur l'esplanade dégagée et couverte de coussins... Le Goulou arrive quelques instant plus tard et comme tous les matins, fait son incantation pour que le soleil se lève... Et comme à chaque fois, il termine à peine son dernier mot que le premier rayon perce entre les deux mamelons du Bonnetbéh... Les disciples sont émerveillés par la force de persuasion de leur grand Maître (bon, un mètre vingt-cinq) à faire se lever le soleil et moi par leur crédulité, la radio annonçant avec précision l'heure tous les soirs après qu'ils ne se couchent !!!

Ils braillent d'une seule voie :

-Bonjour à toi, o grand Condom du lever du Soleil...

Heureusement, aussitôt, tout le monde retourne à ses occupations et il reste seul à regarder le soleil rendre petit à petit sa couleur à la montagne... Il est toujours aussi fasciné par ce spectacle dont il ne pourrait se passer pour rien au monde... Quel hymne à la liberté que ce renouveau !

Pouvoir un jour de plus aller où bon lui semble pour voir encore et toujours ces nouvelles merveilles que Mars semble avoir inventé pour les Martiens... Tout ce qui est désormais interdit aux Terriens, entassés sur leur petite planète gérée par les ordonnateurs de l'Etat...
Interdit de se déplacer la nuit, interdit d'aller où vont les routes, interdit de vivre au dehors des zones sous cloches, interdit d'emprunter les routes vertes sous peine d'emprisonnement dans une salle de reconditionnement... Heureux encore l'Elite qui elle peut parcourir ces routes vertes, et les Martiens qui ne sont pas tenus de respecter les mêmes réglementations... Mais qui doivent quand même utiliser les pauvres engins autorisés à se déplacer sur Terre...

Il se retourne à temps pour voir le premier rayon éclairer sa machine, le rouge briller de tous ses feux, comme une invitation à reprendre la route...

Chapitre IV
LA DESCENTE

Il abandonne à regret son perchoir pour redescendre vers la ville... Il salut une dernière fois ses hôtes et reprend sa machine...

La route est froide, le nuage absent, le charme est retombé, il ne restera pas la haut... La mélancolie l'envahit peu à peu et manque de le faire sortir de la route... Le voyant d'optimisation vient de s'allumer, il est temps de reprendre un rythme plus adapté...

Vers le bas de la descente, il croise un troupeau de Ellesse sur leurs tracteurs... Il a l'impression qu'elles n'avancent pas mais qu'elles sont floues, tellement leur machines trépignent... Ils les saluent, elles ne répondent pas, il s'y attendait... Autre mœurs sans doutes...
Tiens, si, l'avant-dernière lui rend son salut, un SDS qui vient de les rejoindre, sans doute, et qui va se faire incendier à l'étape...

Soudain, à la sortie d'un virage, le radar anti-collision crépite : un arbre en travers de la route ! Il ralenti, surveille les alentours, il craint une attaque de Zyvas, venu pour raquetter les voyageurs à coup de tennis... Mais non, c'est un groupe de bûcherons verts qui ouvrent une nouvelle voie entre les arbres... Il s'arrête et propose son aide... Aussitôt acceptée... Il les aime bien les bûcherons, toujours une blague à la bouche et un verre à la main... Il leur dit avoir regardé le soleil se lever entre les mamelons, ils lui répondent l'avoir vu depuis le mamelon gauche. Ils sont montés là haut par un chemin de chèvre, pratiquement inaccessible à pied, mais qu'ils ont vaincu avec un peu de hargne... Pas des lopettes ces gars là...

L'arbre est vite retiré de la route et ils s'installent autour d'un feu de branches pour célébrer la fin de leur nouvelle piste. Il accepte un verre en sachant qu'il sera raid à passer... En effet, ils boivent des boissons non reconnues, à base de feuilles macérées qu'ils distillent ensuite dans leur retraite secrète... Ça lui fait l'effet d'un morceau de fer rouge en passant par la gorge, le truc à vous réveiller les morts... Aussi raid à descendre que les pistes qu'ils aiment emprunter...

Et ils lui racontent la légende de leur groupe, comment ils ont été chassé de la Terre par un type aux dents longues qui leur à laisser le choix : se soumettre ou disparaître... Ils ont d'abord résisté en allant dans les coins les plus reculés mais quand les gardes de l'Office Nationale de Fuckation ont eu le droit de les abattre, ils sont partis pour des cieux plus cléments... Et dire que sur Mars, on les paye pour faire de nouveaux chemins...

Les bonnes choses ayant une fin et le boulot l'attendant toujours, il les quitte, non sans mettre sa moto sur pilote automatique, histoire d'arriver entier à la ville, de chasser les miasmes du breuvage et s'endort au bout de quelques virages, la tête pleine des exploits des ancêtres en XT et autres LC4...

Seraient-ce eux les bonshommes verts de la mythologie de Mars ?

Chapitre V
MARS-EYE

Le boulot enfin fini, il salue le compagnon de galère venu comme lui faire son heure...

Il descend au parking de la Société, y retrouve sa Métamorphys et celle de son collègue. Encore en forme de scooter pense-t-il... Connaîtra-t-il un jour les vraies joies de la moto... Enfin, pour cela, il faudrait qu'il accepte d'habiter en dehors de la ville...

La rampe, feu vert, il se retrouve dans la rue, déserte... Au loin, il voit l'autoroute pleine de trafic, au moins un véhicule tous les 600m...

Il s'inscrit dans la circulation, et cherche la sortie F3, celle qui mène à Mars-èye... Il vient de se souvenir de sa promesse à Ben...

La route lui semble longue, de plus, il fait de plus en plus froid en approchant de ce village, et le paysage est de plus en plus plat. S'il avait su qu'il devait aller si haut, il aurait pris une clé de GT avec le chauffage mais bon, c'est trop tard pour se plaindre.

Le spectacle de la Canne-Bière le surprend toujours autant... Des centaines de motos alignées comme à la parade... Des SDS court vêtues malgré le temps et des litres et des litres de Ness en libre-service...

Il demande où se passe le concours...

-Té, c'est trop tard pour t'inscrireux, c'est déjà la Finaleux, Congue !

La finale ? Les deux derniers concurrents... Il se doute de qui il s'agit... Ah ! voilà la salle...

Au centre, comme il s'en doutait, Ben et le champion se mesurent à grands bocks que les serveurs peinent à apporter tellement ils boivent vite...

Les pronostiques vont bon train, le jeu étant non pas de savoir qui va gagner -on n'est pas sur Terre quand même- mais combien de verres vont être descendus...

Des stands divers permettent de passer le temps : customisation de clé, tatouage de cuir, tee-shirt mouillés à faire sécher sur les SDS, toute la panoplie des fêtes réussies...
Avec en fond sonore, les bons vieux standards du rock Martiens... Road 666, Highway to Ellesse, Bord To Be Ouaille, La danse des Canards, Les Red Brothers... Il se balade de groupe en groupe, grappillant des nouvelles par là, goûtant un saucisson sec de derrière les fagots par ici, toujours un œil sur les concurrents...

Il reconnaît les premiers signes de fatigues, il y a toujours un verre plein sur la table, les serveurs sont moins débordés...

Au bout d'une heure, le couperet tombe : Ben gagne...

Malgré toutes les vantardises des copains du grand maigre, et du grand maigre lui même d'après ce que j'ai pu lire, C'est Ben qui gagne... Et pour bien enfoncer le clou, il ne s'arrêtera que deux verres plus tard, ne voulant pas humilier son concurrent : deux verres ça va, trois verres, bonjours les débats...

Il rejoint Ben, des fois que les copains du grand maigre n'apprécient pas la correction. Pensez, la première fois qu'il est battu en vingt-huit ans...

Heureusement, tout se termine toujours bien ici et après avoir soufflé un instant, le grand maigre invite les deux compères... A boire une Ness... Il leur propose même un gîte et un couvert pour la nuit. Cela tombe bien parce que Ben a oublié où il a planté sa tente...

A table, autour d'un bon rôti, les compères et les Mars Victimes se racontent leurs exploits : il y en a même un qui a réussi à tomber à moto, on se demande bien comment. Il l'ignore lui-même... Les éclats de rire succèdent aux toasts et déjà c'est leur pour tous d'aller se coucher...

Au matin, quelle surprise de retrouver dans ses bras une charmante créature quand on ne se souvient pas de l'avoir invitée. Elle est blottie contre soi, en recherche de chaleur... Il se lève sans trop la bousculer mais c'est raté : c'est que cela a le sommeille fragile ces petites martiennes...

-Salut
-Salut
-Toujours d'accord pour m'amener avec toi...

Tiens, il ne se souvient pas d'avoir promis cela... Il devait en tenir une bonne... Enfin, elle est plutôt gironde, ce ne sera pas un grand effort... Encore que...

Encore qu'il n'a pas de clé pour une selle SDS... Il va devoir pratiquer une IVG et cela le blesse un peu... Elle est si mignonne...

-C'est quoi ton nom déjà ?
-Tertone, mais appelle moi Geisha.
-Ecoute Geisha, j'ai un problème auquel je n'avais pas penser, je n'ai qu'une place sur ma moto et...
-Pas grave, on peut aller faire customiser ta clé, je connais un bon artisan et je te paye même la modif si tu veux...

Plus moyen de refuser, d'ailleurs le voulait-il vraiment... Il est grand temps pour lui de penser à fonder une famille et il en a un peu marre de ne pas partager les joies de la moto. Elle semble si heureuse à l'idée de partir derrière lui, elle doit être l'"Elue", celle qu'il ne doit pas laisser passer...

Elle le quitte un instant, laissant dans la pièce le souvenir de sa présence et revient avec le grand maigre et un vieil homme, les yeux tout mouillés.

- Mon père est d'accord, on peut y aller. Il viendra avec ses amis pour la cérémonie, si cela se passe bien entre nous. Allons changer ta clé.
- sois heureux avec ma filleule, lui dit le grand maigre en les saluant.

Une heure plus tard, il est dans le zouk de Mars-èye, le Long Lieutard, accoudé à l'échoppe du meilleur customiseur de clé de Mars. Il lui fait confiance, car elle lui a dit d'avoir confiance...

Pourtant, il ne sait pas ce qui va se passer lorsqu'il va remettre la clé dans la machine... Et il n'a jamais roulé avec un passager, même aussi légère qu'elle...

-Voilà, bonnes routes à vous deux...

Il met la clé dans le contacteur et...

Une selle SDS toute fine recouvre le haut de la coque, des repose-pieds, mignons comme tout, en alu brossé apparaissent près des pots... La ligne de la machine en est à peine modifiée, mais l'arrière est un peu plus haut.

- Comme cela, tu n'auras pas besoin de changer tes habitudes l'ami, le poids de ta passagère remettra la machine dans les mêmes paramètres que lorsque tu es arrivé sans elle... lui cri l'artisan. Et pour revenir dans une configuration solo, il te suffira de tourner la clé dans l'autre sens, c'est ma marque de fabrique... La reversabilité...

Elle monte derrière lui. Ben est là aussi, avec son trophée, il est temps de repartir, la route commence déjà à lui manquer...

Il a beau avoir une passagère, il ne la sent pas. Il a fait un très bon travail cet artisan, et elle a déjà du faire beaucoup de moto. Pour rentrer, ils vont passer par les collines, ce long enchevêtrement de courbes et de bosses... C'est moins dangereux pour lui que par la montagne, il ne sait pas encore comment elle va se comporter dans les virages, autant commencer cool...

Malgré toutes ses bonnes intentions, il ne peut s'empêcher d'arsouiller avec Ben dès que la route tournicote un peu... Enfin, la Veuve Excitée... Tiens, les Azermen sont encore là...

Il arrête la moto, il se retourne vers elle. Elle lui sourit et lui dit dans un souffle :

-Encore...

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